Haïti, 15 mars 2024 – Note de conjoncture

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Lucson SÉNATUS, Maîtrise en Administration Publique

L’un des défis majeurs auxquels nos leaders politiques sont confrontés réside dans leur incapacité à reconnaître et à interpréter les signes annonciateurs de danger. La récente décision de former un conseil présidentiel composé de 7 à 9 membres, motivée par des intérêts purement personnels, est un exemple frappant de cette tendance. Cette approche, similaire à celle des conseils municipaux composés de trois membres, est confrontée à de graves problèmes de gouvernance. Comment pouvons-nous alors espérer que cela fonctionne au niveau de la présidence, sinon comme une simple redistribution de pouvoir ?

Défis de gouvernance

De plus, le processus de formation de ce conseil présidentiel, calqué sur l’initiative de la CARICOM, manque cruellement de contenu politique clairement défini. Ce contenu politique aurait dû servir de fondement pour unir les différentes tendances politiques représentées au conseil malgré leurs divergences idéologiques. L’absence de cette base politique risque de compromettre sérieusement la gouvernance, le leadership politique et la cohérence des actions du conseil s’il arrive à s’installer.

Une alternative irritante

En outre, la proposition de l’ex-sénateur Moïse Jean Charles aurait pu offrir une alternative, si elle n’avait pas inclus Guy Philippe, perçu comme une perturbation et un élément indésirable par plus d’un. Nous croyons fermement que l’éthique, la décence et la moralité doivent imprégner la scène politique haïtienne. La présidence incarne l’identité de notre pays et doit refléter nos valeurs en tant que peuple. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être représentés par un individu qui a reconnu avoir commis les crimes pour lesquels il a été accusé et condamné ni par quelqu’un qui envisage d’amnistier les gangs qui terrorisent la population et les politiciens qui ont pillé les caisses de l’État et entravé le progrès de notre nation.

Ce que nous proposons :

1- Élaboration d’un contenu politique clair et concerté

Il est impératif que les forces vives du pays se réunissent dans le cadre d’une initiative nationale pour définir un contenu politique clair, concis et précis. Cette démarche doit être entreprise dans un délai maximal de 72 heures et être guidée par des institutions reconnues, telles que l’Église Catholique ou toute autre institution inspirant un minimum de confiance à la population. Ce contenu politique servira de boussole pour orienter les actions du gouvernement provisoire.

2- Direction de la transition par un juge de la Cour de cassation

Une option viable pour diriger la transition est de confier cette responsabilité à un juge de la Cour de cassation. Cette institution, conforme à la constitution de 1987, est parmi les seules institutions de l’État encore fonctionnelles. En concertation avec les partis politiques et les organisations de la société civile, un juge de la Cour de cassation sera choisi comme président provisoire pour garantir l’application du contenu politique défini dans le point 1.

3- Nomination d’un Premier ministre technocrate et formation d’un gouvernement représentatif

Il est nécessaire de nommer un Premier ministre technocrate qui, en collaboration avec le président provisoire, formera un gouvernement aussi représentatif que possible. Ce gouvernement travaillera à créer les conditions propices à la tenue d’élections dans un délai de 24 mois.

Actions urgentes

a) Aide aux Personnes déplacées :

Une attention immédiate doit être portée à la problématique des personnes déplacées. Des mesures d’urgence, telles que la mise en place d’abris provisoires et l’apport d’une assistance humanitaire, doivent être prises dans les plus brefs délais.

b) Adresser le problème de sécurité :

Il est évident que le diagnostic de la situation sécuritaire réelle reste à être établi. Ainsi, le gouvernement prévoit de recourir aux services d’un groupe d’experts multidisciplinaires

en sécurité pour réaliser une évaluation globale de la situation et proposer des solutions. Parallèlement, le gouvernement envisage d’explorer d’autres pistes, y compris l’offre d’assistance du président Nayib Bukele pour résoudre le problème de l’insécurité.

Dans le même ordre d’idées, une réforme des forces de l’ordre s’avère cruciale pour résoudre le problème de l’insécurité de manière durable, malgré les défis temporels urgents. Cette réforme devrait englober trois aspects essentiels :

  1. Le renforcement de l’indépendance politique des forces de l’ordre, notamment de la PNH: il est impératif de revoir la loi du 29 novembre 1994 régissant la création, l’organisation et le fonctionnement de la police nationale d’Haïti afin de lui accorder
    une plus grande autonomie opérationnelle et de limiter toute interférence politique.
  2. L’amélioration de la formation des unités d’intervention et de maintien de l’ordre, adaptée aux réalités actuelles, notamment en matière d’intervention en milieu urbain.
  3. La garantie de l’indépendance financière des forces de l’ordre, qui doit se manifester à deux niveaux : d’une part, en allouant un budget adéquat pour l’acquisition de matériel adapté et la lutte contre la violence des gangs ; d’autre part, en assurant des salaires et des avantages sociaux décents aux policiers, ainsi qu’une sécurité financière pour leur famille en cas de décès.

c) Réforme de l’administration publique

En théorie, l’administration publique, à travers ses divers ministères sectoriels, est le mécanisme par lequel les politiques gouvernementales prennent forme. Une administration publique efficace est celle qui répond aux besoins des citoyens utilisateurs des services publics. La faiblesse de l’administration publique est l’une des principales causes de la grande précarité dans les quartiers populaires, où les résidents ont un accès limité, voire inexistant, aux services de base. Pour remédier à cette situation, il est impératif d’aborder ces trois grands axes au sein de l’administration publique :

  1. La dépolitisation de l’administration publique ;
  2. La professionnalisation de l’administration publique ;
  3. La mise en place d’une gestion axée sur les résultats ;
  4. La responsabilisation et l’imputabilité des gestionnaires.

Il peut être difficile pour un gouvernement provisoire de mettre en œuvre de telles réformes d’envergure. Cependant, dans le cadre de la continuité de l’État, rien n’empêche que le prochain gouvernement élu de poursuivre ces réformes dans l’intérêt de la population.

Un commentaire sur « Haïti, 15 mars 2024 – Note de conjoncture »

  1. Bravo mon frère….
    Le pays à besoin des Leaders capable de réfléchir et nous aider à sortir de cette crise qui gangrène la nation toute entière. L’ heure du dépassement de soi est arrivé, Haïti d’abord c’est le plus important en ce moment. Il est grand temps que les politiciens pensent à la génération à venir.

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